Assez peu connu en France il y a seulement quelques années, l’AVT (Auditory-Verbal Therapy) est une méthode basée sur l’oralité et originaire des Etats-Unis qui commence à beaucoup faire parler d’elle. Pour pouvoir continuer à informer au mieux les parents d’enfants implantés cochléaires, le CISIC est allé à la rencontre d’Ophélie Dauger, la seule orthophoniste française certifiée AVT. Voici toutes ses réponses à nos questions.

 

En quelques mots, qu’est-ce que l’AVT ?

L’AVT est une méthode d’accompagnement global des parents et de leur enfant sourd. Elle est axée sur l’apprentissage oral et de la parole, à travers l’audition uniquement. Une autre de ses particularités est qu’elle laisse une place très importante au coaching parentale. L’AVT consiste en effet à donner des stratégies précises aux parents, qu’ils pourront intégrer dans toutes les situations de vie de quotidienne.

 

Pouvez-vous nous donnez un exemple concret de stratégie ou d’exercice ?

En général, une séance dure environ 1h et a lieu toutes les deux semaines. Dans un premier temps, nous allons faire un travail en séance avec les parents.  Nous discutons de ce qu’ils ont retenu des exercices précédents et de ce qui a été utile. Nous réfléchissons ensuite à comment intégrer un nouvel exercice dans la vie quotidienne.

Je vais vous donner pour exemple un exercice dont l’objectif est de développer la mémoire auditive de l’enfant et de lui apprendre à accoler deux mots pour faire des phrases simples.

Nous réfléchissons ensemble à l’intégration de cet objectif dans des moments quotidiens. Cela peut être pendant le petit-déjeuner. Le parent va anticiper en faisant un plan auditif avec l’enfant avant de lui montrer le petit déjeuner, pour que l’enfant travaille son écoute avant d’avoir le visuel. Le parent peut dire : « Ce matin, on boit du lait », puis chercher à valider ce que l’enfant a mémorisé. Une fois que le petit-déjeuner est préparé, on va demander à nouveau à l’enfant de s’exprimer et le solliciter pour qu’il en fasse la demande.

 

Comment définissez-vous les objectifs sur lesquels travailler ?

La première séance permet de faire un diagnostic. On établit alors des objectifs à long terme, sur 6 mois. Ces objectifs concernent la compréhension, l’audition, la parole, la capacité de réflexion...

Ensuite, nous faisons le point sur les difficultés, sur ce qui a fonctionné, ainsi que sur les besoins des parents et de l’enfant par rapport à leurs observations au début de chaque séance. Cela nous permet de définir des objectifs à court terme à atteindre avant le prochain RDV.

En AVT, nous évaluons l’enfant tous les 6 mois avec des bilans de langage, de développement auditif... normés pour connaître son évolution, fixer les prochains objectifs ou décider d’arrêter la thérapie car l’enfant est autonome.

 

À qui s’adresse l’AVT ? Est-ce qu’il y a des profils de parents, ou d’enfants, avec lesquels cette méthode va être plus efficace ?

 Aujourd’hui, très peu de professionnels sont formés à l’AVT en France, mais pour moi, cette méthode s’adresse à tout le monde. Il ne faut présupposer qu’on n’aura pas le temps de s’investir. C’est vrai qu’en AVT, les parents font le premier pas et ont cette volonté de s’impliquer dans l’évolution langagière de son enfant. Il s’agit cependant d’une démarche qui peut concerner toutes les familles, du moment qu’elles sont capables de définir un projet, car nous leur donnons les clés pour développer les compétences langagières de l’enfant.

La majorité des enfants peuvent bénéficier de l’AVT. Il est cependant vrai que parfois, les troubles à côté peuvent freiner les progrès de l’enfant. Il faut alors ajouter des aides visuelles, l’AVT n’est donc plus adaptée, mais il s’agit d’une minorité.

Le centre de formation AVT de Londres estime que 80% des enfants qu’ils accompagnent atteignent un niveau de langage égal voit supérieur à la moyenne. Cela montre bien que l’AVT marche dans la plupart des cas.

 

Pourquoi compléter les séances d’orthophonie avec l’AVT ?

La grande différence entre un suivi classique et l’AVT, c’est le coaching parental. En AVT, on travaille vraiment avec les parents, on ne reste pas dans la démonstration technique, on met vraiment les parents au centre de la séance.

 

Comment se lancer dans l’AVT pour les parents ? Par où commencer ?

Pour découvrir la méthode AVT, les parents peuvent passer par des associations ou des groupes en ligne qui fédèrent les parents entre eux et permettent d’être accompagnés par des personnes ayant un parcours similaire. Cela permet de bien comprendre les principes de l’AVT et même de commencer à intégrer des stratégies dans le quotidien.

Il faut ensuite contacter un professionnel formé à l’AVT. Si la méthode convient aux parents, les séances peuvent commencer. Je suis pour l’instant la seule orthophoniste certifiée en France, mais deux de mes consœurs suivent actuellement la formation et devrait prochainement être certifiées. La formation est en effet en anglais et dure de 3 à 5 ans, ce qui peut être un frein pour certains professionnels.

Cependant, d’autres orthophonistes ont fait des formations courtes et peuvent intégrer l’AVT à leur pratique. Plus il y aura d’orthophonistes avec un bagage AVT, mieux ce sera !

Découvrez le groupe Facebook « L'AVT en France - Auditory Verbal Therapy » animé par deux bénévoles du CISIC, parents d’enfants implantés

 

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de progrès obtenus grâce à l’AVT ?

Je termine actuellement une thérapie avec une petite fille sourde profonde et bi-implantée à l’âge de 9 mois. Je la suis depuis son implantation. Aujourd’hui elle a 2 ans et demi, et elle a atteint le même niveau qu’un enfant normo-entendant du même âge, si ce n’est plus.

Un autre exemple, celui d’un petit garçon dont le diagnostic de surdité profonde a été établi à l’âge de 2 ans et demi. Il a été bi-implanté à 3 ans, puis a bénéficié d’un suivi AVT pendant 3ans. Nous avons arrêté le suivi lorsqu’il a intégré le CP, car il n’en avait plus besoin et était devenu autonome.

 

Certaines personnes jugent l’AVT comme étant élitiste, ou redondante par rapport aux séances d’orthophonie. Quel est votre point de vue là-dessus ?

C’est vrai que l’information n’est pas facilement accessible, mais ce n’est pas une question de milieu social. Une famille n’arrivera pas plus à mettre en place la LPC (Langue française Parlée Complétée) et la LSF (Langue Française des Signes) si elle n’est pas impliquée. D’ailleurs, l’AVT a un avantage, car on va travailler sur la langue orale, que maitrîse déjà tout à fait les parents.

Dans tous les cas, c’est à nous, professionnels, de s’adapter aux parents, à la dynamique familiale... En AVT, il faut en effet d’abord définir le style d’apprentissage du parent. Chaque famille a le sien. Certains ont besoin de voir des choses concrètes, d’autres vont vouloir compléter par des lectures ou ont besoin d’avoir un modèle bien précis à reproduire... On s’adapte à chaque style de vie. L’idée est de ne pas créer de situation artificielle. Ce qu’on fait en séance doit être reproductible à la maison.