IMPLANT COCHLAIRE ET MUSIQUE

basson

Bonjour à tout le monde, pour ceux qui ne me connaissent pas, Je m’appelle Marie-Pierre Goin et je suis implantée Medel depuis 2003 à droite et depuis 2011 à gauche.
J’ai profité des importantes modifications de prise en charge pour changer de centre d’implantation, Paris pour le premier et Clermont-Ferrand pour le second.
A ce titre cela me facilite bien les choses car je ne vais plus à Paris pour tous les réglages. Ils se font sur Clermont-Ferrand, par un Professeur, rien que ça !! Le Pr Paul Avan.
Je suis déléguée CISIC de la région Auvergne. J’ai commencé avec Catherine à établir ce magnifique réseau régional associatif, car il nous semblait indispensable que la province bénéficie également d’information comme la capitale.
Le fait que ma surdité soit très ancienne et remonte probablement à la naissance, a au moins eu l’avantage de m’éviter à avoir à faire le deuil de mon audition naturelle puisque de toute façon je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu normalement.
Avant toute chose j’aimerai préciser que ce que je vais vous dire ne concerne que mon histoire dans la surdité d’abord et avec l’implant cochléaire par la suite.
La musique un mot qui me faisait rêver car j’ai vécu mon enfance auprès de mon frère qui pratiquait la trompette quotidiennement.
Ma mère m’emmenait avec elle écouter des concerts. Je faisais cela pour lui faire plaisir, car je ne trouvais pas cela musical. J’avais une surdité qualifiée de sévère et surtout je ne percevais pas certaines fréquences.
Inutile de vous dire que dans cette situation, l’écoute de ces concerts s’avérait assez « cacophonique » puisque mes appareils auditifs aussi puissants soit-ils, ne pouvaient donc pas me permettre de les entendre.
L’implant cochléaire, lui, m’a permis de percevoir ces fréquences.
Etant donné que maintenant, avec ce que j’appelle « mon précieux » j’entends ces fréquences, l’écoute de la musique est devenu un plaisir dont je ne saurai me priver.
Ceux et celles qui me connaissent savent que je n’ai pas eu besoin d’une longue rééducation avec une orthophoniste. Mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas travaillé mon écoute. J’ai bossé tous les jours, ce qui m’a fait progresser : la radio, la télévision, le cinéma, le téléphone et … La musique. L’écoute de la musique, puis la pratique de la musique.
L’écoute de la radio, pour un malentendant profond est un calvaire : impossible de distingué une phrase complète. Je ne savais pas si la conversation était en Français… J’ai écouté une certaine émission : « 2000 ans d’Histoire » qui abordait chaque jour un thème précis pendant 30 minutes. Au début je ne comprenais pas tout, j’avais certaines phrases… Puis, peu à peu j’ai progressé et j’ai fini par tout comprendre.
Puisque j’aimais la musique j’ai eu envie de la pratiquer. C’est un défi que je me suis posé à moi-même et non pas un défi pour faire mieux que l’implanté qui est à côté de moi ou dans cette salle. Puisque j’aimais la musique pourquoi ne pas essayer d’en faire. Puisque j’avais un conservatoire de musique à Vichy dans lequel mes enfants suivaient des cours, pourquoi ne pas essayer moi aussi ??? Cela me semblait un bon moyen de rééducation que de m’attaquer à la pureté du son lui-même. Tous les professeurs d’instruments et de formation musicale (= solfège) me connaissaient, je me suis donc inscrite en solfège. Comme je n’avais aucune notion de solfège je me suis dit que le mieux était d’apprendre à lire une partition avant de tenter de la jouer. C’est le minimum…
Le cours est basé sur l’écoute et la reproduction de l’écoute, orale avec le chant et écrite avec les dictées de notes, de rythmes, d’accords.
Lors de mes premiers cours, je ne parvenais pas à distinguer une quinte ascendante d’une quinte descendante. Par exemple je ne savais pas si le professeur jouait Do, Ré, Mi, Fa, Sol en partant du Do ou du Sol.
En fait il n’y avait pas que moi qui avait des difficultés… D’autres élèves qui entendent normalement en avaient aussi.
J’avais un professeur qui a très bien compris mon objectif et qui s’est investi pour me faciliter les choses qui m’a aidée à progresser.
Les dictées de notes au début étaient catastrophiques et peu à peu j’y suis arrivée. La musique demande de la concentration et le fait que je dois juste me demander si c’est une note plus aigüe ou plus grave que la précédente. Cela me facilite grandement mes réglages… Je sais exactement s’il me manque des graves, des aigües ou des médiums.
Les accords sont ce qu’il y a de plus difficile car il faut juger de la taille de l’écart entre deux notes, déterminer laquelle est la plus grave… lorsqu’il s’agit d’une octave (de Do grave à Do aigu par exemple donc 8 notes en comptant la première) ou d’une quinte (5 notes cela est possible de les repérer mais si le professeur joue une tierce ou une seconde (trois notes ou deux notes) : c’est difficile à distinguer.
Tout à l’heure je parlais de défi que l’on se pose à soi-même je voulais dire que je ne cherchais pas à « épater la galerie » en me lançant dans la pratique de la musique, je voulais juste essayer. Et si cela n’avait pas marché j’aurai arrêté sans aucun complexe. Quelque part c’était une revanche sur la surdité qui m’avait privé de bien des plaisirs. Mon père avait coutume de dire : « si tu veux enfoncer un clou, pose ton marteau et frappe le clou avec ta casquette, lorsque ta casquette est usée, change la et continue à essayer d’enfoncer ton clou. C’est comme cela que tu y arriveras dans la vie ».  
Le chant pendant le cours de solfège m’a permis de reproduire les fréquences que j’entendais et cela m’a aussi permis de rendre ma voix plus musicale. Lorsque mes enfants regardent des vielles cassettes vidéo de leur toute petite enfance, ils ne reconnaissent pas ma voix. En colonie de vacances nous chantions avecles moniteurs des ch    ansons d’Hugues Auffray, Michel Fugain, Michel Sardou et qu’est-ce que je chantais faux !!! J’ai toujours des problèmes de justesse, mais je progresse… Il faut que je prenne confiance en moi et que je fasse confiance à mes oreilles bioniques.
Depuis que j’ai commencé j’ai changé de niveau et je suis maintenant en troisième année de premier cycle. Il ne faut pas croire que les autres élèves qui eux ne sont pas implantés, entendent normalement n’ont aucune difficultés, c’est pour cela que je continue. Il ne faut pas oublier que je prends énormément de plaisir…
Comme instrument j’ai choisi le basson qui est le plus grave des instruments à vent puisque il se joue en clé de Fa. De plus c’est un instrument qui ne transpose pas les sons comme le font certains instruments (trompette, saxophone par exemple.) Là aussi j’ai un professeur génial et je progresse à mon rythme.
Un copain de lycée de ma fille, qui était avec moi en Solfège lui a dit : « elle est géniale ta mère moi j’y arrive pas et à chaque fois elle a juste ! Je ne sais pas comment elle fait !! »
Cet investissement permet de faire connaître la surdité et l’implant cochléaire à des personnes qui ne pouvaient parfois même pas concevoir ce que cela représente…