A Elouen, Lila, Youri, Zoë                                                                                Texte : Gigi Bigot et Yumi Nugues

                                                                                                                     Illustrations : Yumi Nugues

 

 

 

Madame Bibi Aïe-Ouille-Ouille a cherché son oreille dans l’armoire, sous son oreiller, dans la baignoire, sous l’évier : rien.

De la cave au grenier, elle n’a rien trouvé !

Alors, Madame Bibi Aïe-Ouille-Ouille est allée voir le chien. Elle lui a dit :

-         Dis donc le chien, tu n’aurais pas croqué mon oreille, croyant que c’était un os ?

 -         Ah non, pas du tout ! a répondu le chien. Va voir le chat !

-         Dis donc le chat, tu n’aurais pas joué avec mon oreille, croyant que c’était une souris en plastique ?

-         Ah non, pas du tout ! a répondu le chat. Va voir le boulanger !

-         Dis donc, le boulanger, tu n’aurais pas cuit mon oreille croyant que c’était un croissant ?

-         Ah non, pas du tout ! a répondu le boulanger. Va voir la sirène !

-         Dis donc, la sirène, tu n’aurais pas emporté mon oreille tout au fond de la mer croyant que c’était un coquillage ?

-         Ah non, pas du tout ! a répondu la sirène. Va voir la pie.

-         Dis donc la pie, tu n’aurais volé mon oreille croyant que c’était un bijou ?

-         Ah non, pas du tout ! a répondu la pie. Va voir le coucou !

-         Dis donc le coucou, tu n’aurais pas pris mon oreille, croyant que c’était un nid ?

-         Ah non, pas du tout ! a répondu le coucou. Va voir le vent !

-         Dis donc le vent, tu n’aurais pas chassé mon oreille, croyant que c’était une feuille d’automne ?

-         Ah non, pas du tout ! a répondu le vent. Va voir le soleil !

Le soleil venait de se coucher. Il a crié :

- Vous commencez à me chauffer les oreilles avec cette histoire. Allez voir la lune !

Justement la lune était en train était en train de se lever. Elle avait deux yeux, un nez, une bouche et sur le côté… une petite oreille !

- Dis-donc la lune, c’est toi qui as emporté mon oreille ? lui a demandé Madame Bibi Aïe-Ouille-Ouille.

- Mais oui, a répondu la lune. Elle était complètement perdue. Raccroche-la, car même si elle n’entend plus les bruits de la terre, elle entendra toujours la musique de tes rêves !

L’oreille de Madame Bibi Aïe-Ouille-Ouille est descendue le long d’un rayon de lune comme sur un toboggan. Madame Bibi Aïe-Ouille-Ouille l’a bien raccrochée. Elle est rentrée dormir dans sa maison.

Peut-être bien qu’elle a rêvé… De quoi ? Ca, c’est une autre histoire !

Cela fait vingt quatre ans que je suis sourd, je n'ai jamais entendu dire qu'il existait un handicap de la parole qui touchât les normo entendants. Il semblerait donc que les seuls sourds soient des handicapés de l'expression orale.

   En tant qu'handicapé, sourd et en aréflexie majeure, j'ai fréquenté bien des thérapeutes; bien souvent, on met en avant les bavures médicales ou d'autres sujets à récrimination. Mais quand je jette un petit coup d'œil sur mon passé, j'y trouve bien plus de sujets de satisfactions que de reproches.

Aujourd’hui, le CISIC s’est beaucoup agrandi de malentendants accompagnés de leurs entendants.

C’est grâce au CISIC, en me proposant d’établir mon témoignage : « Christian implanté en 1993 avec un boîtier et le contour en janvier 2009 », que j’ai cherché par la suite, à en lire d’autres, et espéré trouver quelqu’un qui avait subi le même genre de souffrances vestibulaires, implanté, réimplanté, d’abord la même année en 1993.

Suite a mon accident, après deux ans de mal entendance qui s’aggravait de jour en jour,j’ai fini par ne plus rien recevoir. J’ai alors décidé de me faire implanter car je n’acceptais pas ce silence total quoique tonitruant. Les gens normaux s’imaginent sans doute que la surdité n’est pas bruyante, que le silence est total : ce serait peut-être trop beau mais je n’en suis pas sûr. Car nous sommes fondamentalement attachés à notre environnement sonore, il nous accompagne, nous enveloppe et nous rassure…

Commerce is commerce : a romantic exchange of properties and commodities. Je me souviens avoir lu cette phrase lorsque j’étais en études secondaires: il y a disons cinquante cinq ans !