Les premiers résultats cliniques concernant les implants cochléaires sont apparus simultanément aux Etats-Unis, avec un système d’implant cochléaire mono électrode utilisé par le Professeur House et en France, avec un implant cochléaire multi électrodes utilisé à l’Hôpital Saint-Antoine à Paris, par le Pr Chouard au début des années 70 ; les seules indications étaient alors les cophoses bilatérales.

A partir des années 80, plusieurs systèmes d’implants cochléaires apparurent et, grâce à la progression spectaculaire des systèmes électroniques et des biomatériaux en 30 ans, les indications de l’implant cochléaire se sont considérablement modifiées et élargies. Dans tous les cas, des critères d’implantation très précis nous permettent de poser des indications chirurgicales en ayant le maximum d’informations sur l’état audiométrique, médical, chirurgical, radiologique, psychologique et comportemental des candidats à l’implantation. Si les critères de choix sont différents, c’est incontestablement en ce qui concerne les critères audiométriques que l’évolution a été la plus grande.

Étaient concernés d’abord, des patients présentant des cophoses bilatérales sans aucun reste auditif, puis des patients avec des surdités profondes sans aucune audition au-dessous de 100 décibels, audelà de 500 Hertz et après constat de l’inefficacité des prothèses auditives conventionnelles les plus puissantes.Avec 6 mois d’essai, et confirmation par une audiométrie vocale avec prothèse et sans lecture labiale, obligatoirement égale à zéro.

En 1995,après une étude comparative et prospective sous l’égide du National Institute Of Heath aux Etats-Unis, les indications d’implantation du point de vue audiométriques, se sont considérablement élargies.Sont alors considérés comme implantables, tous les adultes sourds sévères qui obtiennent au mieux 30 % de reconnaissance correcte, en audiométrie vocale, avec des mots, en listes ouvertes, (en France, les listes de Fournier et Lafon), sans lecture labiale, avec et sans prothèse auditive .

L’implantation cochléaire devenait donc réalisable pour des surdités sévères, dont la correction par une prothèse acoustique réglée de façon optimale fournit un taux de reconnaissance inférieur ou égal à 30% ; Il devenait donc concevable d’opérer des surdités incomplètes.

Actuellement, un nouveau consensus apparaît entre les équipes les plus importantes, qui modifie encore les indications de 1995, admettant la mise en place d’un implant cochléaire en cas de reconnaissance, en audiométrie vocale, de plus de 3O% de mots, en listes ouvertes et sans lecture labiale.

On s’oriente donc de plus en plus vers l’implantation de patients présentant des surdités sévères, avec des restes auditifs sur l’une ou les 2 oreilles et dont l’appareillage avec des prothèses conventionnelles donne, soit des résultats médiocres malgré une courbe en audiométrie tonale correcte, soit des manifestations d’intolérance aux prothèses et en particulier celles liées aux bruits environnants, ainsi qu’aux sons aigus ou forts.

On constate dans les indications actuelles que la courbe de l’audition en l’audiométrie tonale perd de son importance au profit du pourcentage d’intelligibilité en audiométrie vocale et donc, au bénéfice de la compréhension et du confort sonore.

Cophoses il y a 30 ans, surdités profondes puis surdités sévères en 1995 et maintenant, surdités incomplètes avec des reliquats auditifs éventuellement utilisables et appareillables sur l’oreille controlatérale.

Un pourcentage très important de patients implantés dans les 10 dernières années, est appareillé avec un implant cochléaire sur une oreille et une prothèse conventionnelle sur l’autre et il est exceptionnel que cela entraîne des difficultés de réglage ou une inadaptation.

Se posent actuellement, et elles sont à discuter au cas par cas, les indications concernant les surdités fluctuantes et en particulier celles qui entrent dans le cadre des maladies de Méniere car outre le choix du moment de l’implantation qui est parfois difficile à faire, c’est savoir par avance que les réglages seront parfois plus complexes que pour d’autres étiologies, ce dont le patient doit être informé avant l’intervention.

Le choix de l’oreille a implanter se fait surtout en fonction des examens audiométriques : en général, lorsqu’il n’existe aucun reliquat auditif dans les deux oreilles, l’oreille implantée est celle qui présente les seuils électriques de stimulation de la fenêtre ronde les plus bas, la période de privation auditive la plus courte ou les meilleures caractéristiques radiologiques et, si des reliquats auditifs sont observés, c’est la moins bonne oreille qui est choisit à condition que les examens radiologiques l’autorisent.

Les critères audiométriques d’implantation ont été évolutifs au fil des années, mais ils sont précis et il est essentiel de les respecter, mais il ne faut pas oublier que si les courbes d’audition et les pourcentages d’intelligibilité sont des éléments obligatoires dans la décision de mettre en place un implant cochléaire, une ossification de la cochlée, un état maniaco-dépressif, une attente irréaliste ou un manque de motivation peuvent être parfois de réelles contre indications à l’implantation.

Dr Claude FUGAIN